Ma traversée de l’Atlantique – 4ème partie

Dernières escales

La Rochelle

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Nouveau pincement au cœur en partant de la Galice. Un important groupe de personnes sur le ponton nous saluait et nous souhaitait le meilleur. Mark du nous quitter à cet endroit, il devait retourner au plus vite en Angleterre pour poursuivre ses études. Plus que trois à bord. Notre première étape de ce dernier bout de traversée était un stop à La Rochelle. Évidemment, certains à bord avaient très hâte de retrouver les filles rencontrées aux Açores. Donc on passa quelques jours à visiter la ville en bonne compagnie.

Auray 

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Départ pour le Golfe du Morbihan. Je voulais faire visiter cette partie de la côte qui m’est si chère à Lorenzo et Rod. La remontée de la rivière d’Auray me laisse un souvenir fort. Une fois amarrés à Auray, nous avions tout le temps pour déguster des moules dans un cadre magnifique.


Southampton

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Dernière navigation en direction de Southampton. Des conditions normales sans encombre le long de la côte bretonne. Entrée dans le port de Southampton, pour l’occasion on alluma les Fumigènes en passant sous le pont. Ça y est, c’est fini, notre périple était achevé.


20 ans plus tard

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Jocelyn nous a invité en Irlande sur le Lac Shannon pour fêter les 20 ans de cette traversée. Depuis Silk est sur ce lac, toujours dorloté par Jocelyn.

Rod vit en Ecosse à Glasgow et navigue régulièrement dans les Highlands en famille.
Lorenzo vit en Italie à Milan. Il est un des rare de notre volée à avoir réussi en tant qu’architecte naval.
Jocelyn a pris sa retraite après une brillante carrière. Il a eu de nombreux voiliers appelés Silk et dont une demi-coque de chaque voilier se trouve dans sa maison en Irlande. Je lui suis toujours très reconnaissant de m’avoir permis de vivre cette aventure.

…Fin…

J’espère qu’à travers mon récit j’ai pu te faire partager un peu de cette histoire et mon amour pour la mer.
Stephan

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Ma traversée de l’Atlantique – 3ème partie

Les Açores

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Comme le veut la tradition, on a fait notre graffiti aux couleurs de Silk sur le mur de l’énorme digue. Cette tradition dure depuis la nuit des temps et chaque voilier de passage y laisse sa trace.
Ensuite direction le pub du coin. Repère de tous les marins et décoré de tous les drapeaux et des billets de banque du monde entier offerts par les navigateurs de passage, cet endroit nous a permis de retrouver la civilisation, après trois semaines en autarcie. On y mangeait et buvait tous les soirs et il a fallu peu de temps pour que l’on devienne copain avec tout le monde. Comme toujours, le séjour a été plus long que prévu.

Les îles sont magnifiques, la faune et la flore exceptionnelles. Une île qui nous a particulièrement plu était Flores qui porte bien son nom.

La fête des pêcheurs était quelque-chose à vivre. Tous les bateaux sortaient du port pour faire une sorte de danse sur l’eau. Avec environ 100 bateaux cela fait du monde sur l’eau. Le soir, tout ce monde se retrouvait sur la place du village pour y manger et danser. Bien évidemment, poisson frais au menu. Et puis on rencontre des touristes françaises avec lesquelles nous avons passé beaucoup de temps. Rendez-vous pris à la Rochelle.

 Direction Southampton…peut être pas

On part des Açores avec un gros pincement au cœur mais nous devons ramener le voilier en Angleterre. Nous sommes fin juillet et nous aimerions être à Southampton fin août. Cette fois, la préparation avant le départ est minutieuse et nous ne manquerons de rien. On reprend vite nos repères mais nous sommes tristes de sentir que notre voyage touche à sa fin.

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Changement de cap!

On informait régulièrement Jocelyn de nos aventures et de notre progression grâce au téléphone satellite.
Un jour entre les Açores et la France, Jocelyn nous appela pour nous demander si une semaine de régate en Galice nous tentait. Je revois Rod le pouce en l’air avec un énorme sourire. La décision fut vite prise entre retourner dans la grisaille anglaise ou passer une semaine en Galice…

 Changement de plan direction la Galice.

 Le golfe de Gascogne

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Le golfe de Gascogne a fait honneur à sa réputation de région de navigation difficile. On a eu 4 jours de mauvais temps avec une mer chaotique qui nous a fait regretter les “Thunderstorms” du milieu de l’Atlantique. Il fallait progresser et être manœuvrant dans une mer formée et croisée avec des vents de face de 35 à 50 nœuds. Et comble de malchance le brouillard était de la partie, dans une région où il y a beaucoup de pêcheurs, le danger était multiplié.

Le plus souvent, on naviguait sous tourmentin et trois ris, voire sans grande-voile. Les envolés d’un voilier léger et à fond plat comme Silk du haut des crêtes était impressionnantes et l’atterrissage dans le creux de la vague était souvent brutal. Le mat vibrait terriblement et nous n’avions qu’une angoisse c’était qu’il se brise. Le gréement avait derrière lui quelques milles miles dans des conditions rudes et on ne savait pas combien de temps encore il tiendrait. Mais Silk répondait présent et l’équipage avec un mois de navigation en mer avait les bons réflexes.

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Pour les plaisanciers, cette région est particulièrement sensible. Ceci est en partie dû au changement important du profil sous-marin. Celui-ci passe de plusieurs milliers de mètres de profondeur à quelques centaines de mètres de profondeur sur une distance très courte. Autant dire que la puissance de la houle atlantique qui se forme tout au long de sa traversée se heurte à un mur souterrain qui lève une mer importante. Conjugué à des dépressions, cela peut vite devenir dangereux.

Notre rendez-vous était à Sanrenjo, petit village de pêcheurs près de Santander dans le nord de l’Espagne. Arrivés au milieu de la nuit, Jocelyn avait tout prévu et une place nous attendait dans une marina moderne bien équipée.

La Galice

Qu’il fait bon vivre en Galice. Le climat est doux, les Galiciens sont très accueillants et la nourriture est excellente. Jocelyn connaissait bien le Duc de Galice et nous avons été accueillis comme des princes. Les deux nièces du duc était en visite en Galice, nous avions deux raisons de plus pour aimer cette région.

Une semaine de régate de bateaux de croisière, pour le plaisir, au côté de participants sans prétention. Les voiliers présents étaient des unités de croisière. Régater sur Silk composé d’un équipage qui avait navigué pendant un mois non-stop, la victoire nous était acquise d’avance, même avec deux handicaps majeurs. Le premier nous a été imposé par le comité de course vu la suprématie de vitesse de Silk et le deuxième par notre état après avoir fait la fête toute la nuit.

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Une journée type se déroulait de la manière suivante en commençant par le soir…Sortie vers 22 heures pour souper. Où que l’on aille avec le Duc, on se retrouvait à 20 autour de la table à manger pendant des heures et cela n’en finissait pas. Il était adoré. On partait ensuite avec ses nièces en discothèque vers 2 heures du mat, l’heure normale pour les espagnols. Je me souviens d’endroits fabuleux au milieu de nulle part en extérieur avec plusieurs pistes de danses, des bars partout, de la nature autour et beaucoup de monde.

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Après nos nuits presque blanches, régater était un défi mais heureusement que le voilier avait un sacré potentiel et que Jocelyn était à la barre. Comme tous les jeunes, on était libres et on arrivait pas à se résonner pour se coucher plus tôt et à ne pas vivre la nuit tellement c’était excitant. La régate durait une semaine, de ce fait on a dû faire un choix, faire la fête ou être compétitif, on a fini par trouver le subterfuge pour tout faire. Avant chaque régate, on tirait à la courte paille pour désigner les deux qui allaient participer à la régate. Ainsi, le troisième pouvait dormir et récupérer de sa soirée. Ça a marché, on a gagné la semaine et Jocelyn était ravi. Cela était le plus important.

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…La suite la semaine prochaine…

Ma traversée de l’Atlantique – 2ème partie

L’Atlantique

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Les amarres furent levées rapidement, le voilier était prêt. Seul bémol à l’horizon, plus un sou en poche pour faire nos courses et avoir de quoi se nourrir pendant la traversée. Comme d’habitude, Jocelyn fut notre sauveur pour les trois semaines à venir.

 Entre-temps, Jocelyn nous demanda si son neveu, Marc, un anglais, pouvait se joindre à nous. Sceptique de prendre un quatrième homme à bord sans aucune expérience nautique, Marc s’est révélé un gars super qui s’est très vide adapté à la vie en mer.
On était donc quatre à bord, Rod, le skipper écossais, Lorenzo, l’italien, Marc l’anglais novice et moi Stephan, l’allemand.

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Premier jour en mer, la journée était magnifique, 30 – 40°c, belle mer avec une légère brise d’ouest. Toute la toile avec le grand spi sont de sortie et on barre à tour de rôle.
Tout le monde en short et torse nu. On était tellement enthousiastes pendant ces premières heures de navigation, dans un tel paradis pour marins, que nous avions oublié l’essentiel, qui aurait pu amener au drame. On ne s’était pas protégés la peau et avec ces petits airs, on ne sent pas le soleil chauffer. Le lendemain, Rod, Marc et moi étions brûlés. Lorenzo, d’un teint plus mat, n’avait aucune trace.
Trois sur quatre étaient hors circuit avec des accès de fièvre et des vomissements. On avait même envisagé de retourner au port mais fierté oblige, on a continué coûte que coûte.
Heureusement que le temps était au beau fixe, que la pharmacie de bord était bien équipée et que Lorenzo pouvait gérer le voilier. La première leçon fut dure à encaisser, mais elle resta imprimée pour toute notre vie.

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On est à 200 miles des côtes et la houle devient régulière. Le vent reste portant de ¾ arrière, les conditions idéales pour le portant. On fait des quarts de 2 personnes de quatre heures avec un troisième en stand-by au cas où.
Le plaisir à la barre est immense et nous jouons avec la houle. Le vent et les réglages nous permettent de surfer un maximum avec un œil rivé sur les instruments pour battre nos propres records et ceux des autres. Nous faisons tourner le Diesel 1 – 2 heures par jour pour alimenter les batteries. L’intérieur du voilier est spartiate, mais offre tout le nécessaire pour bien faire à manger et vivre en général. Le rythme s’installe.

Après quelques jours de navigation dans une brise régulière de 10-15 nœuds, nous adaptons notre système de quart avec un homme en charge du voilier, un deuxième assigné mais qui peut faire ce qu’il veut et les autres en off. Finalement, on navigue quasiment en solitaire dans un temps clément,ce qui laisse tout le loisir aux autres coéquipiers pour se reposer, lire, observer la mer.

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Les premières nuits se passèrent sans encombre. On fait corps avec le voilier et nos sens s’affinent. Les ciels sont fabuleux dans un noir absolu. C’est le vide tout autour, on apprécie cette solitude. On devient expert à sentir la moindre variation de vent, de houle. De temps en temps, on croise un voilier, des pêcheurs ou un cargo. On discute un peu par VHF et on prend des informations très utiles sur la météo. Le monde se réduit à ce qui nous entoure, ce que nous voyons et nous profitons de chaque instant. L’ambiance à bord est excellente. Lorenzo s’avère être un excellent cuisinier et les petits-déjeuners anglais concoctés par Rod nous calent bien pour commencer la journée.

Les Thunderstorms

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On commence à s’approcher d’une zone délicate réputée pour ses “Thunderstorms”. Le nom en dit long “Des orages d’éclairs”. Nous avions déjà une expérience du mauvais temps au large : Rod pendant sa course au large, Lorenzo et moi pendant les Winter Series du Solent, mais le mauvais temps qui nous attendait était hors catégorie. Rien de comparable avec ce que l’on connait en Europe.
Les éclairs sont dus à un échange thermique important entre la température de la mer et celle de l’air qui se transforme en un cumulonimbus impressionnant au ras de l’eau. Des vents soudains et violents, une pluie torrentielle, des éclairs puissants et un tonnerre sourd s’abattent. Les Thunderstorms sont plus impressionnants que dangereux, à condition de s’y préparer et de les voir venir ce qui est plus délicat la nuit.

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On l’a vu se former devant nous à quelques miles. Le nuage devint de plus en plus noir au ras de la mer. En nous, des sentiments controversés, la beauté d’une part mais la peur de l’autre. Le nuage s’approche très vite. Plus aucune voile dehors. On l’attend.

Le premier signe est un silence absolu comme si toute vie avait cessée, plus de vent, le néant. On s’attend à recevoir un déluge d’eau. On est tendu, personne ne parle, on n’ose même pas se regarder de crainte de dévoiler notre peur aux autres. La luminosité a sérieusement baissé et le premier éclair jaillit, illuminant d’un flash puissant le nuage entrain de se tordre au ras de l’eau, un rideau de pluie droit devant nous. Un énorme « bang », le tonnerre qui suit. Un vent puissant se lève soudainement et souffle dans toutes les directions.
Cette fois ci le vent n’as pas duré longtemps et a été remplacé par une pluie diluvienne. Les autovideurs du cockpit ne suffisent pas à vider la quantité d’eau qui tombe. Les pieds dans l’eau et trempés en quelques minutes, notre équipement ne suffit plus. Je me rappelle que Mark était assis à coté de moi et je ne le voyais pas sous cette pluie si intense. On ne s’entendait pas non plus, le bruit de la pluie sur le voilier et sur l’eau était trop fort.
Cela n’a pas duré longtemps, peut-être une ou deux heures mais qui sur le coup paraissent des heures. Après ce déluge, le ciel se dégage et la température remonte.
Un phénomène plus impressionnant que dangereux en cette saison. Le fait d’être en pleine mer sans obstacle autour, dans une mer non-formée sans visibilité est gérable.

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Par la suite, les thunderstorms était une bonne occasion de remplir les jerrycans d’eau et de prendre une douche à l’eau chaude. Avant, on avait toujours de l’appréhension étant donné qu’il était impossible de prévoir la violence de la tempête, mais au bout du troisième on savait à quoi s’attendre et la peur était remplacée par de la curiosité.

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Nous voilà à 40 miles des côtes açoriennes. Une bonne partie de la traversée avait été réalisée et on se réjouissait de retrouver la terre ferme. Ce petit bout nous a donné du fil à tordre à cause de l’anticyclone des Açores, une zone sans vent. Même si le moteur ne nous enchantait pas, on n’avait trop envie de faire notre première escale. On commence au moteur à une vitesse de croisière de 6 nœuds, arrivée prévue dans 10 heures. Le moteur cale après 3 heures, plus d’essence et les 2 jerrycans de secours de 20 litres chacun sont vides. Comment ça, vides ? Qui a fait le plein avant de partir ? Personne.
On est dans une situation un peu délicate à 20 miles des Açores. On a besoin du moteur pour notre énergie, pour le téléphone satellite et le pilote automatique et bien évidemment pour arriver aux Açores. La mer est d’huile, pas un brin de vent et l’anticyclone est bien installé.
Il y a certainement des bateaux aux environs pour se ravitailler, mais on refuse de faire appel à eux.

On se dit alors que c’est possible de faire avancer un voilier tel que Silk dans ces conditions. Heureusement, on avait des voiles de régate qui n’avaient pas trop soufferts.
Il y avait une houle régulière et il suffisait que le voilier soit légèrement poussé par la houle pour créer de la vitesse aussi faible qu’elle soit et générer du vent pour naviguer avec. Alors on se concentra sur les réglages et on arriva à naviguer à 1-2 nœuds pendant un certain temps. Quand on perdait le vent, cela nous prenait à nouveau pas mal de temps pour redémarrer le voilier mais on progressait ce qui était bon pour le moral. Cela nous est même arrivé de nous mettre à l’eau et de tirer le bateau avec des cordes ou de ramer.

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Cela faisait maintenant 3 jours qu’on avançait de la sorte. Trois jours à progresser de 10 miles et il restait encore 5 miles à faire. On voyait Pico, le volcan pointu des Açores qui nous narguait. On n’avait plus que des cornflakes à manger, mais heureusement pas de manque d’eau.

On arriva enfin à Horta, Faial trois jours plus tard au milieu de la nuit, affamés. Faial, 4h du matin, on était arrivés.
Le port était plein pour la fête annuelle des pêcheurs. Cette fête rassemble tous les marins des Açores et du continent.

…La suite la semaine prochaine…

Ma traversée de l’Atlantique – 1ère partie

En 1986 je traversais l’Atlantique alors que toi, Christelle, tu galopais en couche culotte. Depuis que tu as commencé à écrire ce blog tu me demandes de raconter ce périple, car tu trouves intéressant et fascinant les gens qui vont au bout de leur passion, qui prennent des risques pour vivre; alors voilà je te livre mon histoire avec mes mots.

Southampton

Silk_Atlantic_86_21Cette histoire commence en 1985 en Angleterre et plus précisément au “Farm House” de Southampton, le repère de tous les étudiants en architecture navale. A cette époque, Rod, Lorenzo et moi avions tous les trois 25 ans et nous étions de bons amis avec la même passion pour la mer. Un jour où nous étions en train de discuter au pub, un homme plutôt costaud d’une quarantaine d’année nous a accosté. Passablement alcoolisé, cet irlandais était très « british » : « Hey guys, I heard you talking..its seeem’s that you know your way around in sailing ». Jocelyn était propriétaire d’un voilier qui allait devenir ma première vraie expérience de navigation transatlantique.
Deux jours plus tard, nous étions engagés en tant qu’équipier sur son magnifique Bénéteau First Class 10, « Silk ». Monocoque léger, bien toilé, à la carène planante. Ce voilier était un plaisir à barrer.

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Les régates se succédèrent et les résultats étaient au rendez-vous. Notre team était né et Silk participa à de nombreuses régates dans le Solent (UK) dont les fameuses « Winter Series ». Rod, mon coéquipier écossais, était le plus assidu, tout naturellement, il devint très rapidement le co-skipper.

 Jocelyn et Rod participèrent à la Carlsberg Atlantic Ocean Race. Une régate en double qui se court d’Est en Ouest contre le vent, de Southampton (UK) à Rhodes Island (US). Autant dire une course difficile, contre les éléments avec une coque minuscule de 10 Mètres pour affronter un océan. Mais cela ne leur faisait pas peur, depuis tout petit Rod, originaire de l’île de Skye faisait le tour de l’île avec son dériveur et Jocelyn avait navigué sur toutes les mers du monde. A eux deux, ils totalisaient 40 ans d’expérience nautique.

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Début juin, ils partaient pour leur traversée. Il avait été convenu avec le propriétaire que Lorenzo et moi nous irions les rejoindre à leur arrivée à Rhodes Island (US) pour ramener le voilier en Angleterre. Nos examens de dernière année en architecture navale étaient une priorité, on ne pouvait quitter l’Angleterre avant.

 On a bien cru ne jamais arriver aux États-Unis, mais il faut croire qu’une bonne étoile a tout fait pour nous y amener comme si cette histoire là, on devait la vivre.

Vendredi 10 h : Dernier examen pour notre diplôme (Obtenu)
Vendredi 21 h : Fête de fin d’études jusqu’à très tard dans la nuit
Samedi : Nous avions un train à prendre pour l’aéroport d’ Heathrow direction New York. Le vol décollait à 19h. Malheureusement, nous avons raté notre train, à cela peu d’alternatives, si ce n’est la voiture. Nous partons sur la route en direction de Londres/heathrow.
Arrivés au check-in 30 minutes après la fermeture des portes, on commençait sérieusement à douter que nous partirions. Et pourtant, ne dit-on pas que l’on peut déplacer des montagnes avec de la volonté. On a tellement insisté auprès de l’équipage au sol de British Airways qu’on a eu droit à une voiture de piste pour nous amener jusqu’à l’avion en pleine procédure.

Le voyage allait enfin commencer.

 Dimanche 9 h – New York : Comme tous les touristes fraîchement débarqués à New York, on enchaîna : Hyde Park, Washington Square, Manhattan, statut de la liberté et sans le savoir au préalable c’était les 100 ans de la statue de la liberté, pour l’occasion cortèges et défilés dans Manhattan étaient au programme. Pendant ce temps, « Silk » était toujours en pleine régate. Un système de téléphone par satellite nous permettait de les joindre. Ils avaient prévu leur arrivée à Newport, Rhode Island dans 2 jours. Ce qui signifiait pour nous à terre, 2 jours à flâner, à jouer aux échecs dans la rue, à vivre à l’américaine.

 Rhodes Island

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Nous voilà à Rhodes Island, la villégiature de New-York, avec ses bars, ses touristes et ses belles femmes.
Arrivés à la marina, on trouva le voilier amarré entre deux autres voiliers de classe 2, bien plus rapides que Silk qui navigue en classe 4. Il n’y avait pas encore beaucoup de participants de la Carlsberg dans le port. C’était un bon signe.
Le voilier était intact mais le bazar régnait sur le pont et à l’intérieur avec une odeur de gazole tenace. On apprit plus tard que les derniers jours de la course avaient été très éprouvants à cause du gros temps. Le moteur était hors service et l’équipage avait manqué d’énergie durant les derniers jours de course. Ça tenait de la survie et l’état du voilier nous confirmait à quel point cela avait du être rude pour les marins.

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Nous sommes partis chercher Rod et Jocelyn à leur hôtel, mais à l’accueil on nous a gentillement dit que les gentlemens dormaient depuis 48 heures. Pendant qu’ils récupéraient de cette épuisante traversée, nous avons mis le temps à profit en mettant de l’ordre dans le voilier et en commençant à réparer le moteur.

Quelques heures plus tard, on retrouva l’équipage de Silk autour d’un petit déjeuner à l’hôtel où Jocelyn nous invita royalement. Jocelyn nous prouvera de nombreuses reprises sa générosité à notre égard et son savoir-vivre. La joie était au rendez-vous, puisque ils nous apprirent qu’ils avaient remporté la victoire.

Assis autour d’une table, avec tout le comité de course qui faisait les honneurs à l’équipage de Silk, car non-seulement ils avaient gagné leur classe avec une avance considérable, mais en plus ils avaient battu beaucoup de voiliers de classe supérieure. Je me rappelle avoir été un peu gêné pendant ce petit-déjeuner. Parmi les officiels de la course dans leurs beaux habits, la presse, tout cela dans un hôtel de 5* autour d’une grande table ronde nappée de blanc, nos jeans et tee-shirts un peu sales paraissaient venir d’un autre monde. Qu’importe, on était tous là pour la même chose, la voile et rendre hommage à nos amis vainqueurs.

La discussion allait bon train avec Rod et Jocelyn qui racontaient leur périple. Leur tour de force tenait en partie au choix de leur route en montant très au nord pour bénéficier du vent portant et raccourcir la distance. Les cartes météo et les instruments à bord n’étaient pas aussi sophistiqués qu’aujourd’hui. Silk pouvait être un véritable bolide dans ces conditions mais qui secouait dans tous les sens comme on a pu en faire l’expérience par la suite.
Tout ça est facile en théorie mais se retrouver en Atlantique Nord, avec un voilier de course-croisière de 10 mètres, conçu pour la navigation côtière, était réellement un exploit et demandait un sacré courage. Ils l’ont fait et ont leur fît les honneurs.

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Les journées suivantes se passèrent à s’occuper du voilier, faire quelques sorties en mer et nos nuits étaient rythmées au son de la musique des nombreux bars. Nous étions jeunes et nous ne nous rendions pas vraiment compte que notre budget pour la traversée était déjà bien entamé. Rod n’avait qu’une envie, repartir en mer. Après avoir traversé l’Atlantique dans des conditions difficiles, il avait hâte de revoir l’océan de manière plus clémente et entre copains.

…La suite la semaine prochaine…