Ma traversée de l’Atlantique – 1ère partie

En 1986 je traversais l’Atlantique alors que toi, Christelle, tu galopais en couche culotte. Depuis que tu as commencé à écrire ce blog tu me demandes de raconter ce périple, car tu trouves intéressant et fascinant les gens qui vont au bout de leur passion, qui prennent des risques pour vivre; alors voilà je te livre mon histoire avec mes mots.

Southampton

Silk_Atlantic_86_21Cette histoire commence en 1985 en Angleterre et plus précisément au “Farm House” de Southampton, le repère de tous les étudiants en architecture navale. A cette époque, Rod, Lorenzo et moi avions tous les trois 25 ans et nous étions de bons amis avec la même passion pour la mer. Un jour où nous étions en train de discuter au pub, un homme plutôt costaud d’une quarantaine d’année nous a accosté. Passablement alcoolisé, cet irlandais était très « british » : « Hey guys, I heard you talking..its seeem’s that you know your way around in sailing ». Jocelyn était propriétaire d’un voilier qui allait devenir ma première vraie expérience de navigation transatlantique.
Deux jours plus tard, nous étions engagés en tant qu’équipier sur son magnifique Bénéteau First Class 10, « Silk ». Monocoque léger, bien toilé, à la carène planante. Ce voilier était un plaisir à barrer.

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Les régates se succédèrent et les résultats étaient au rendez-vous. Notre team était né et Silk participa à de nombreuses régates dans le Solent (UK) dont les fameuses « Winter Series ». Rod, mon coéquipier écossais, était le plus assidu, tout naturellement, il devint très rapidement le co-skipper.

 Jocelyn et Rod participèrent à la Carlsberg Atlantic Ocean Race. Une régate en double qui se court d’Est en Ouest contre le vent, de Southampton (UK) à Rhodes Island (US). Autant dire une course difficile, contre les éléments avec une coque minuscule de 10 Mètres pour affronter un océan. Mais cela ne leur faisait pas peur, depuis tout petit Rod, originaire de l’île de Skye faisait le tour de l’île avec son dériveur et Jocelyn avait navigué sur toutes les mers du monde. A eux deux, ils totalisaient 40 ans d’expérience nautique.

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Début juin, ils partaient pour leur traversée. Il avait été convenu avec le propriétaire que Lorenzo et moi nous irions les rejoindre à leur arrivée à Rhodes Island (US) pour ramener le voilier en Angleterre. Nos examens de dernière année en architecture navale étaient une priorité, on ne pouvait quitter l’Angleterre avant.

 On a bien cru ne jamais arriver aux États-Unis, mais il faut croire qu’une bonne étoile a tout fait pour nous y amener comme si cette histoire là, on devait la vivre.

Vendredi 10 h : Dernier examen pour notre diplôme (Obtenu)
Vendredi 21 h : Fête de fin d’études jusqu’à très tard dans la nuit
Samedi : Nous avions un train à prendre pour l’aéroport d’ Heathrow direction New York. Le vol décollait à 19h. Malheureusement, nous avons raté notre train, à cela peu d’alternatives, si ce n’est la voiture. Nous partons sur la route en direction de Londres/heathrow.
Arrivés au check-in 30 minutes après la fermeture des portes, on commençait sérieusement à douter que nous partirions. Et pourtant, ne dit-on pas que l’on peut déplacer des montagnes avec de la volonté. On a tellement insisté auprès de l’équipage au sol de British Airways qu’on a eu droit à une voiture de piste pour nous amener jusqu’à l’avion en pleine procédure.

Le voyage allait enfin commencer.

 Dimanche 9 h – New York : Comme tous les touristes fraîchement débarqués à New York, on enchaîna : Hyde Park, Washington Square, Manhattan, statut de la liberté et sans le savoir au préalable c’était les 100 ans de la statue de la liberté, pour l’occasion cortèges et défilés dans Manhattan étaient au programme. Pendant ce temps, « Silk » était toujours en pleine régate. Un système de téléphone par satellite nous permettait de les joindre. Ils avaient prévu leur arrivée à Newport, Rhode Island dans 2 jours. Ce qui signifiait pour nous à terre, 2 jours à flâner, à jouer aux échecs dans la rue, à vivre à l’américaine.

 Rhodes Island

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Nous voilà à Rhodes Island, la villégiature de New-York, avec ses bars, ses touristes et ses belles femmes.
Arrivés à la marina, on trouva le voilier amarré entre deux autres voiliers de classe 2, bien plus rapides que Silk qui navigue en classe 4. Il n’y avait pas encore beaucoup de participants de la Carlsberg dans le port. C’était un bon signe.
Le voilier était intact mais le bazar régnait sur le pont et à l’intérieur avec une odeur de gazole tenace. On apprit plus tard que les derniers jours de la course avaient été très éprouvants à cause du gros temps. Le moteur était hors service et l’équipage avait manqué d’énergie durant les derniers jours de course. Ça tenait de la survie et l’état du voilier nous confirmait à quel point cela avait du être rude pour les marins.

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Nous sommes partis chercher Rod et Jocelyn à leur hôtel, mais à l’accueil on nous a gentillement dit que les gentlemens dormaient depuis 48 heures. Pendant qu’ils récupéraient de cette épuisante traversée, nous avons mis le temps à profit en mettant de l’ordre dans le voilier et en commençant à réparer le moteur.

Quelques heures plus tard, on retrouva l’équipage de Silk autour d’un petit déjeuner à l’hôtel où Jocelyn nous invita royalement. Jocelyn nous prouvera de nombreuses reprises sa générosité à notre égard et son savoir-vivre. La joie était au rendez-vous, puisque ils nous apprirent qu’ils avaient remporté la victoire.

Assis autour d’une table, avec tout le comité de course qui faisait les honneurs à l’équipage de Silk, car non-seulement ils avaient gagné leur classe avec une avance considérable, mais en plus ils avaient battu beaucoup de voiliers de classe supérieure. Je me rappelle avoir été un peu gêné pendant ce petit-déjeuner. Parmi les officiels de la course dans leurs beaux habits, la presse, tout cela dans un hôtel de 5* autour d’une grande table ronde nappée de blanc, nos jeans et tee-shirts un peu sales paraissaient venir d’un autre monde. Qu’importe, on était tous là pour la même chose, la voile et rendre hommage à nos amis vainqueurs.

La discussion allait bon train avec Rod et Jocelyn qui racontaient leur périple. Leur tour de force tenait en partie au choix de leur route en montant très au nord pour bénéficier du vent portant et raccourcir la distance. Les cartes météo et les instruments à bord n’étaient pas aussi sophistiqués qu’aujourd’hui. Silk pouvait être un véritable bolide dans ces conditions mais qui secouait dans tous les sens comme on a pu en faire l’expérience par la suite.
Tout ça est facile en théorie mais se retrouver en Atlantique Nord, avec un voilier de course-croisière de 10 mètres, conçu pour la navigation côtière, était réellement un exploit et demandait un sacré courage. Ils l’ont fait et ont leur fît les honneurs.

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Les journées suivantes se passèrent à s’occuper du voilier, faire quelques sorties en mer et nos nuits étaient rythmées au son de la musique des nombreux bars. Nous étions jeunes et nous ne nous rendions pas vraiment compte que notre budget pour la traversée était déjà bien entamé. Rod n’avait qu’une envie, repartir en mer. Après avoir traversé l’Atlantique dans des conditions difficiles, il avait hâte de revoir l’océan de manière plus clémente et entre copains.

…La suite la semaine prochaine…

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